by : Jean Rouch

durée : 36 mn

1955

 

« Venus de la brousse aux villes de l’Afrique Noire, de jeunes hommes se heurtent à la civilisation mécanique. Ainsi naissent des conflits et des religions nouvelles. Ainsi s’est formée, vers 1927, la secte des Haouka. Ce film montre un épisode de la vie des Haouka de la ville d’Accra. Il a été tourné à la demande des prêtres, fiers de leur art, Mountyeba et Moukayla. Aucune scène n’en est interdite ou secrète mais ouverte à ceux qui veulent bien jouer le jeu. Et ce jeu violent n’est que le reflet de notre civilisation ».

Venus à Accra (Niger) de toute l’Afrique occidentale, les hommes occupent des emplois de docker, contrebandier, porteur et manoeuvre, berger ou marchand de troupeaux. « Tous les samedis et tous les dimanches, des cortèges parcourent la ville. Alors devant ces bruits, devant ces fanfares, les hommes venus des calmes savanes du Nord doivent se réfugier dans les faubourgs de la ville. Et là, tous les dimanches soirs, ils se livrent à des cérémonies que l’on connaît encore très mal : ils appellent les dieux tougo, les dieux de la ville, les dieux de la technique, les dieux de la force, les Haouka ».

Un dimanche matin, tous les membres de la secte se retrouvent à la concession de Mountyeba, grand prêtre de tous les Haouka. « La première partie de la cérémonie est la présentation d’un nouveau. Il sort avec deux fusils de bois, qu’il claque pour imiter les détonations et il menace les anciens. Aussitôt, ceux-ci sont pris d’un début de crise. Il faut saluer le nouveau ! ». Une bagarre s’ouvre, qui laisse le nouveau mal en point.

« La deuxième partie de la cérémonie, c’est la confession publique. Autour de l’autel de béton armé, les Haouka qui sont coupables doivent s’accuser ». L’un des aides de Mountyeba offre un poulet en sacrifice aux dieux. Les punis viennent sur l’autel promettre de ne pas recommencer, puis ils sont conduits hors de la concession.

À dix heures, les hommes attendent un chien. « C’est un interdit alimentaire total. Si les Haouka tuent et mangent un chien, ils montreront qu’ils sont plus forts que les autres hommes, noirs ou blancs ». Peu à peu, chacun entre dans la danse. La possession commence. Les derniers possédés arrivent enfin ; une conférence de la table ronde décide de manger le chien. On égorge la bête, et chacun se précipite pour boire son sang. Une nouvelle conférence décide qu’il faut faire cuire le chien : on pourra ainsi offrir du bouillon et des morceaux à ceux qui ne sont pas là. Le rite accompli, tout le monde se sépare, car il faut libérer les taxis loués pour la journée.

Le lendemain, chacun a repris sa place au coeur des activités économiques de la ville…

Le film met en scène, comme jamais on ne l’a vu jusqu’alors, les rites de possession au Niger, dans la secte des Haoukas. Rouch y invente, sous les auspices de Vertov et Flaherty, ce qu’il nomme la « ciné-transe », une manière de filmer caméra à l’épaule en participant aux événements filmés, une manière d’affirmer surtout que le cinéma est avant toute chose une affaire de regard, de subjectivité partagée, d’empathie et d’engagement.

Ses collègues ethnographes, qui récusent cette subjectivité, et certains jeunes intellectuels africains, qui lui reprochent de regarder les Africains « comme des insectes » n’apprécient guère.

Ici les dieux ne sont pas exemplaires. Ils ne sont que parties d’un monde, éléments, incarnations d’un moment de l’histoire, périodes. Ils effraient et soumettent les humains, lesquels s’en moquent en les représentant avec ironie. Après le rite de possession, on voit les possédés le lendemain sans bave aux lèvres dans leur quotidien. Jean Rouch lève le sortilège aussi pour le spectateur. La possession n’est plus seulement un spectacle impressionnant, mais un temps très particulier que l’on peut commencer à penser, à évaluer. Le film sera primé à Venise en 1957.

Source images et texte : http://www.cineclubdecaen.com/realisat/rouch/maitresfous.htm

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